La genèse d’une idée

On m’a très souvent posé la question ces dernières semaines : « Mais comment fais-tu pour avoir des idées de business à lancer ? ».

Avant d’y répondre, je reviens quelques secondes sur les sous-entendu de cette question.

Il y a ceux qui pensent que tout a déjà été fait ou inventé, et qu’à moins d’être un génie ou un ultra-créatif, deux qualités que je ne possède pas, il n’y a point de salut. Qu’on a connu une période bénie, presque « facile », avant la bulle Internet, lorsqu’une belle présentation powerpoint et un peu de confiance en soi semblaient suffire pour convaincre des investisseurs de vous confier leur argent. Qu’en gros, maintenant c’est trop tard, le marché trop gros, trop concurrentiel, les bonnes idées déjà lancées. Appelons ça la résignation.

Il y a ceux qui pensent qu’une idée vous vient comme ça, au saut du lit (avec l’ampoule qui s’allume au dessus de la tête ?) et que ce serait presque une question de chance que d’avoir été touché par la grâce, comme si l’on avait reçu la visite d’un message divin. Appelons ça l’illumination.

Il y a ceux, nombreux, qui pensent qu’une idée, c’est l’essentiel de la réussite lors de la création d’une nouvelle activité. Que tout-le reste est accessoire. Qu’à partir d’une bonne idée, on construit du solide, on retombe toujours sur nos pattes. Qu’à contrario, on ne peut pas se développer sur un concept bancal, sur un positionnement vite remis en cause pas la réalité. Appelons ça la conceptualisation.

Et bien, à peu de choses près, tout ceci est, à mes yeux, complètement faux.

Revenons sur le premier point : la résignation. Après plus de 9 ans dans le business de l’Internet, je crois plus que jamais que le meilleur est à venir, que de nouveaux sites vont apparaître, que de nouveaux modèles économiques sont à inventer, qu’il y a encore beaucoup de place pour lancer sa start-up (même si je n’aime pas trop ce terme). Aujourd’hui les internautes sont nombreux, ils sont habitués à acheter sur la toile, ils regardent et réagissent à des sollicitations publicitaires, il se facilitent la vie tous les jours grâce à des services en ligne. Mieux : tout un éco-système s’est développé, avec de nouveaux métiers, de nouvelles compétences, et il est aujourd’hui possible de recruter des collaborateurs immédiatement opérationnels. Un exemple : qui parmi vous (en France tout au moins) connaissait Facebook, à l’été 2007, il y a seulement 18 mois ?

Pour ce qui est de l’illumination, voilà une idée bien naïve. Et bien romantique. Genre « ce matin, sous la douche, j’ai décidé de créer un site d’inter médiation basé sur le processus d’achat et vente sous forme d’enchères montantes ». Whaouh, trop fort le gars … Alors que le créateur d’ebay (car il s’agit bien de cela) a commencé par rassembler des collectionneurs de distributeurs de Pez sur quelques pages web… A l’illumination je préfère la cristallisation : à l’instant T, vous possédez des informations, une culture Internet, des connaissances spécifiques sur quelques secteurs d’activité, et, en mélangeant tout ça (vous ne maîtrisez pas le processus, c’est vrai, ça vient parfois sous la douche …), apparaît une première idée, ou plutôt une conviction, puis une seconde, et enfin un premier modèle économique qui se dessine. C’est exactement ce qui s’est passé pour Autrement, le prochain post expliquera tout ça dans le détail. Conséquence indirecte : si vous avez eu cette idée à l’intant T, il est fort probable que d’autres acteurs de cet éco-système, qui ont accès aux mêmes infos, arrivent à des raisonnements proches, et donc des idées de business concurrents. L’émergence de nombreux acteurs très proches de votre positionnement devient donc le signe que votre idée est potentiellement bonne, plutôt qu’une source d’inquiétude et de stress.

Ce qui m’amène aux dernier point : la conceptualisation. Probablement le plus faux de ces 3 préjugés. En effet, ce n’est pas l’idée qui fait le succès d’une entreprise, mais plutôt son exécution. Si l’on devait pondérer les facteurs, je pencherais pour 80/20. 20% pour l’idée, 80% pour son exécution. Justement car d’autres personnes se sont lancées avec la même idée que vous, mais risquent de l’exécuter différemment. Parce qu’il est facile de faire les mauvais choix (d’investissements, de recrutement, etc.) à partir d’une bonne idée de départ. Parce qu’en fin de compte, c’est le service que vous rendez à vos utilisateurs et vos clients, qui doit être bon, et sur la durée. A titre d’exemple, prenons Cityvox (je risque d’en parler souvent, et pour cause …) : notre modèle économique de départ était franchement à côté de la plaque – nous avons dû en changer au bout d’un an -, nous avons vu apparaître 10 concurrents puissants et prestigieux en moins de 6 mois, nous avions en face un leader historique bien implanté, à forte audience … et pourtant nous sommes devenus très largement leader de notre catégorie, après 5 ans d’efforts et pas mal de sueurs froides.

Bon, avec tout ça je n’ai toujours pas dit comment était née l’idée d’Autrement, et je m’aperçois que ce post fait déjà plus de 800 mots … Je tenterai d’être plus synthétique pour la suite, promis.

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6 réflexions sur “La genèse d’une idée

  1. Je me permet de cité une de tes phrases « Ce qui m’amène aux dernier point : la conceptualisation. Probablement le plus faux de ces 3 préjugés. En effet, ce n’est pas l’idée qui fait le succès d’une entreprise, mais plutôt son exécution. »

    Je confirme, te soutien, t’encourage encore et encore !

    A présent, voici la petite phrase que je me répète assez souvent je dois avouer : Ce qui fait la valeur d’une idée … c’est sa réalisation !

  2. Merci Michel… 800 mots pour rappeler ce qu’est une « entreprise » (dans son sens originel), ça ne me semble vraiment pas de trop… On aurait tellement besoin de l’entendre plus souvent.

    Ma petite phrase vient de Pagnol…ou Churchill, les avis divergent, en tout cas pour moi, de mon père…
    « Tout le monde savait que c’était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l’a fait. »

    Bon vent à Autrement!

  3. Pour moi c’est Sénèque qui disait : « ça n’est pas pace que les choses sont difficiles que l’on n’ose pas mais parce qu’on n’ose pas qu’elles sont difficiles »

  4. Plutôt d’accord avec tout ce qui est dit.

    Pourrais-je ajouter que « tout est possible » ?
    L’esprit d’entreprise est indispensable. Tout n’est pas déjà écrit.

    Un peu d’idée, une pincée volonté, un brin d’imagination, de la qualité dans la réalisation, de l’honnêteté…
    J’aime à croire que le succès est possible quand on fait le fait avec le COEUR.

  5. Michel, oui pour moi aussi quand tu as une idée au moins 10 personnes l’ont en même temps et donc c’est bien l’execution de l’idée qui fait la réussite. Et dans le mot execution il y a plusieurs éléments : l’accompagnement en seed ( car souvent les startupers sont jeunes et n’ont pas d’experience ) , le réseau, la façon de structurer, la stratégie, la veille de la concurrence ..bref une interaction d’elts qui font que tu vas survivre ou prendre ton envol. dans ton cas tu as l’experience, le réseau, le financement et les équipes .. Des éléments importants pour ta reussite …

  6. Merci à tous pour vos idées. Pour moi, toute bonne réuissite demande une idée, un plan d’exécution, une ténacité accrue et une perseverance lorsque des difficultés surviennent dans la réalisation de projet.

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